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New Album: Franz SChubert

Philippe Entremont With Gen Tomuro

Franz Schubert : Sonate en si bémol majeur D. 960. Fantaisie à quatre mains en fa mineur D. 940. Marche militaire N°1 D. 733. Philippe Entremont, piano. Avec Gen Tomuro, piano.
1CD Solo musica : SM 276 (Distribution : DOM Distribution)
Durée du CD : 68'42

«Dans les mois qui viennent, j'aimerais enregistrer la sonate en si bémol majeur de Schubert ». C'est par ces mots que se referme le livre « Piano ma non troppo » publié par Philippe Entremont en 2015 (Éditions de Fallois). Un souhait désormais réalité. Le grand pianiste français a donc attendu longtemps, et l'âge de 83 ans, pour livrer sa vision de ce chef d'œuvre absolu qu'il chérit entre tous. Où il voit « une invite à la méditation, à l'intériorité ».

Un vision hautement personnelle qui défie le jeu des comparaisons. On sait ce musicien intuitif, cultivant la rigueur et cette simplicité qui est, selon lui, le fruit de la recherche de l'équilibre. La Sonate D. 960, dernier volet de la fameuse trilogie de l'année 1828, Philippe Entremont la voit « considérable, envoûtante et difficile dans sa simplicité ». Il prend le molto moderato très retenu dans ses premières mesures. Pour reprendre ses mots « une introduction sereine, paisible, tout se passe sans hâte ». Les nuances se voient ensuite marquées et on éprouve l'impression de quelque chose coulant moins de source que d'habitude. Il narre une histoire pas à pas non sans instiller une dose de dramatisme au fil des répétitions du premier thème. Ces ''divines longueurs'' rappellent les moments d'étirement rencontrés dans la Grande Symphonie. L'andante sostenuto n'est que « frissons et beauté », résigné, vu ici quasi adagio dans ses premières pages. Le deuxième thème, lumineux en apparence, cèle un drame tout aussi intense. Du scherzo marqué ''allegro vivace con delicatezza'', Entremont affirme son appartenance à une « terre enfantine et légère», tandis que le trio médian, très détaché, se vit plus énigmatique comme si quelque adulte s'était immiscé dans l'affaire. Le finale, qu'il voit comme « agile et optimiste », dégage une fougue irrépressible, course vertigineuse traversée d'accords en forme de signal. Assurément l'interprétation d'un sage, sincère, cultivant un sens aigu du jeu legato, se défiant d'une dextérité qui « ne suffit pas à faire naître une émotion ». En somme, des paramètres d'interprétation qui le mettent ici à part de bien de ses confrères. Le disque rapproche de ce sommet une autre pièce tout aussi fascinante : la Fantaisie en fa mineur pour piano à quatre mains D. 940. Qui marque chez Schubert, en ce début de 1828, le retour à une forme initiée bien des années plus tôt.

Dans cette pièce d'un seul tenant, mais riche de quatre parties enchainées, on a vu le « rêve sublimé d'une complicité amoureuse » (J. et B. Massin) pour sa dédicataire Caroline Estherazy. Un immense charme en marque les contours depuis la délicieuse nostalgie de l'allegro molto moderato initial, discret et frémissant, au dialogue comme improvisé des deux voix au largo, puis à la faconde du vivace, d'une verve inépuisable, jusqu'au finale qui voit le retour au thème premier non sans un savant travail de transformation. Entremont et son élève Gen Tomuro en livrent les magistrales arabesques, proches du ravissement, selon le pianiste. Pour conclure de manière optimiste, ils proposent la Marche militaire N° 1 D. 733, à l'amusant rythme martial, nantie d'une section médiane plus dansante.

L'instrument est saisi de très près dans une acoustique sèche en dissèquant les divers registres, ce qui n'évite pas une impression percussive dans la Fantaisie. Une manière aux antipodes du credo du pianiste qui se refuse à voir ce qualificatif accolé à son cher piano.

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